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Les picous de l'Ajonc ( Chapitre 1 suite )
Mr Lévèque était aussi le directeur de l’établissement, son épouse institutrice du cours élémentaire dans la même école était tout à son image, passionnée et dévouée, elle nous apprenait la musique, nous administrait de solennelles leçons de morale et pratiquait avec une constance égale l’enseignement général.
Ils étaient soucieux de notre bien-être et nous gratifiait selon les recommandations de Pierre Mendès France en cet hiver 54 d’un succulent chocolat chaud, il était servi vers 15h30, l’hiver nous parut ainsi moins froid.

Le cours élémentaire première année je le pense ainsi, était mal doté.
L’instituteur au nom de galoche pratiquait un enseignement de "stand de tir", son bureau était une sorte de bazar sur lequel se trouvait une réserve d’accessoires divers où se mêlaient règles métalliques, objets hétéroclites, une boite de chaussures recyclée contenant de gros marrons brillants en constituait l’orfèvrerie principale, tous ces projectiles destinés à faire mal, mainte fois armés firent souvent mouche.
Elles furent nombreuses les lunettes cassées, les bosses sur la tête, les ecchymoses au corps, et jamais cet instituteur aux méthodes viriles n’en subi le moindre préjudice.
Pervers au point de m’entreprendre un matin d’hiver au pied du tableau en serrant autour de mon cou mon cache-nez en laine jusqu’à provoquer un début d’étouffement que je contins de justesse.
Il y a hélas aujourd’hui prescription et je crois savoir que cet homme aux méthodes viriles trouve encore quelques forces pour « taper » la longue !!

La fête des écoles était à l’image de la kermesse paroissiale, même lieu, même ferveur, mêmes stands peu ou prou, seules différences notables ; Schubert, Bizet, Liszt, Berlioz en musique d’ambiance diffusée à petite puissance, et le mixage de cette musique enlevée avec le tohu-bohu qui montait depuis les palabres assurait ainsi une sourdine délicate,festive.

Mr et Mme Lévèque proposaient aussi quelques scénettes, chorégraphies originales, chorales impeccables, ils en étaient les chevronnés et méritants réalisateurs, nous en étions les consciencieux acteurs.
Chacun y trouvait son compte, le village majoritairement représenté appuyait d’un applaudissement nourri toutes nos prestations, les clins d’œil complices, la fierté des parents, le contentement détaché de nos instituteurs toutes ces sensations perceptibles nous enchantaient.

Le voyage scolaire de fin d’année programmée à quelques jours du début des vacances d’été était une ballade très attendue, il faut dire que quel que soit l’itinéraire retenu par le collectif des enseignants nous avions conscience nous petits bonshommes toisés à hauteur de deux ou trois pommes, des plaisirs et des vertiges qui nous attendaient sur le fil de ces « expéditions » destinées à nous étourdir.
Le souvenir de la visite rendue au barrage de Serre Ponçon en construction à l’époque illustrait fort bien l’émoi que suscitait cette manière de gigantisme. Mr et Mme Lévèque après leurs premières introductions savantes seraient vite relayés par le guide qui nous enseignerait l’ouvrage sur les bases de conventions plus officielles.
Il y avait certes l’objet du voyage , les repas tirés de nos sacs et nous y trouvions tout ce que nous aimions , le plaisir se trouvait aussi dans nos gamelles , mais il y avait surtout le car et dans nos zones rurales il s’agissait bien de dire « Car » !!
Ils étaient bleus, rouges, blancs ou verts je ne sais plus, mais depuis leurs immenses vitres nos fesses collées sur le skaï des sièges profonds nous étions bercés de l’effet produit par le défilement continu des paysages et quand nous sortions un peu de nos torpeurs nous manifestions très vite un intérêt vif à l’endroit du conducteur qui était en ce lieu précis le maître ès qualité.
Les journées de juin étaient les plus longues, un soleil ardent nous accompagnait le plus souvent , et de ces randonnées annuelles dont le souvenir ne nous échapperait plus , pas une fois je crois il nous fallu subir quelques grisailles ou les caprices plus colériques de la météo .
Le retour trouvait son aboutissement dans la nuit naissante et contrairement à la plupart de mes petits camarades je restais en alerte et parfaitement éveillé.

C’était reparti pour trois mois et nous retrouverions bien vite la remise de Médou , les bastons annoncées de Kakou,les discours de Pipette et dans les yeux de mes grand-mères les promesses d’une tendre escorte estivale .
 
 
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