Chapitre 3
De part et d’autre du village il est deux « bornes » haut perchées qui surmontent les montagnes opposées, au sud ouest le Serre Valenche sur l’éperon rocheux de la chaîne des « Gras » itinéraire de grimpette sévère et bousculée dont l’accès le plus simple passait par le contournement de son flanc aux frontières de « Mure » petit hameau situé au nord de Flaviac et ancienne place réputée de l’usine Crumière qui fabriquait des papiers photographiques.
Le passage par le lieu dit « la Martre » maison isolée au dessus de Mure en était l’itinéraire le plus naturel.
Le premier hectomètre était constitué par une espèce de chemin pierreux et mousseux qui très vite s’étiolait pour laisser place à quelques sentiers incertains, serpentins hésitants distribués parmi les bruyères et les genêts somptueux de la chaîne des « Gras ».
Il nous fallait une demi-heure environ pour parvenir sur le sommet du « Serre » et nous devenions fouettés au visage par des vents forts au bord du précipice, les spectateurs privilégiés d’un panorama grandiose dont les effets visuels contrastés donnaient une tournure inédite aux contours du village et aux méandres gracieux de l’Ouvèze.
L’usine Simmons formait une bordure parfaite tout le long de la route nationale , nous examinions ce plan inhabituel sous ses moindre détails , devinions la citerne aquarium de Mr Sadétian le poissonnier , aquarium bien calée contre le mur de sa maison , près de la fontaine , comprenions un peu mieux la disposition du cimetière que nous n’aimions guère , et quand nos regards bifurquaient vers le sud nous devinions les petits contreforts de Coux le village voisin dont nous étions les patentés excursionnistes , notamment de l’une de ses lisières celle qui abritait ses réputées grottes , les fameuses grottes de la Jaubernie .
Depuis le Serre Valenche aux heures interminables de juin et si nous étions parvenus suffisamment tôt à son sommet l’envie nous prenait de basculer vers Chomérac, et parmi les bruyères et les ajoncs, griffés continuellement par leurs picous acérées, nous dévalions les landes en négociant au mieux les petits dénivelés successifs qui jalonnaient notre traverse.
Le temps d’y parvenir nous laissait juste le temps de nous en retourner pour faire le chemin inverse et ne point risquer en cas de retard d’essuyer les reproches et les remontrances sévères que ne manqueraient pas de nous adresser nos parents , sinon quelques redoutées engueulades .
Observée depuis la route ou le village, la façade des Gras constitue une imposante barrière qui marque de manière abrupte par son versant la limite sud-est de la vallée.
A l’opposé la maison du Pigeonnier nichée au sommet de la crête la plus élevée était aussi l’une de nos ballades habituelles, son parcours un peu moins accidenté était facilité par un sentier de chèvres que mon copain Émile empruntait tous les jours pour se rendre à l’école du village, qu’il pleuve qu’il vente fort ou qu’il neige.
Son courage et sa vaillance m’impressionnaient et je me demandais comment il trouvait tant de ressources lui qui n’avait cure de la distance parcourue, de ses marches solitaires et de quelques frayeurs possibles quand les retours d’hiver le surprenait et lui imposait une telle solitude à l’heure du crépuscule.
La maison du Pigeonnier étirait la vallée en lui conférant une dimension éloquente de sorte que le village méritait que l’on évoque ses environs, ses hameaux, ses reliefs variés,sa belle géographie en quelque sorte.
Le quartier de Pansier, les hameaux de Léouze de Chamée, ceux plus proches du village, Pargirand et Flossac celui du Tamaris et les ruines de Serre l’église, le Château de St Quentin, sans oublier Fort-Mahon et le défilé luxuriant du Grand Maleval, tous ces noms sonnaient et sonnent encore aujourd’hui à mes oreilles et leurs évocations m’enchantent.
Le Château de Cheylus est probablement l’endroit de Flaviac qui contenait le plus de mystères, il me paraissait inaccessible et pour le moins infranchissable.
Ce magnifique Château édifié au XV siècle délicatement posé sur un mamelon marneux occupe une place stratégique remarquable, nettement situé au dessus du village il en domine les petits reliefs.
J’y retourne régulièrement aujourd’hui en prenant quelques libertés sur l’horaire fixé par le propriétaire, prenant un peu d’avance le temps de replonger dans mes souvenirs et de goûter enfin depuis son large perron, l’angle d’un panorama qu’il m’était impossible d’entrevoir naguère.
Le jeune propriétaire du Château perpétue la tradition du métier de vigneron et son vin est en tout point remarquable.
Les mines de Flaviac très proches , où l’on extrayait du plomb argentifère étaient arrêtées depuis longtemps déjà quand il nous prenait des idées d’explorations pour le moins téméraires .
Dans ces années 50, nous remontions les galeries humides, existaient-ils des risques d’éboulements que l’on s’en souciait guère et nous poursuivions la remontée des galeries jusqu’à l’endroit de leurs obstructions, et il faut bien le dire nous n’allions jamais très loin.
Le sable jaune nous occupait des heures entières, l’autre crassier de la mine était un terrain de jeux naturel il nous paraissait gigantesque, il était simplement imposant et nous aimions sur ses arêtes glisser à califourchon prenant au passage quelques risques, une chute pouvait se produire, et sa rugosité extrême aurait fortement aggravé les conséquences de quelques culbutes.
Les plus curieux d’entre nous trouvaient quand ils étaient chanceux, ou en explorant le sable quand il était moins de providences, des pierres de quartz d’une pureté exceptionnelle, le crassier était pourtant peu couru à l‘époque, l’intérêt pour ces cristaux peu marqué semble t-il, et aujourd’hui son excellent état de conservation et ses volumes presque intacts renferment encore sûrement de beaux spécimens de quoi constituer quelques précieuses collections. |