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Le mystère Ambernave
Dans le port d’Ambernave, il y a des marins, ce qui en soi n’a rien d’étonnant. Dans le port d’Ambernave, personne n’est en conséquence surpris de croiser des femmes de marins qui attendent patiemment le retour de leur cher et tendre, parti pour de long mois et qui ne reviendra que lorsque les cales seront pleines.
Le soir après la sortie de l’école, devant la criée d’Ambernave, les enfants de marins s’amusent, les garçons jouent aux marins qui partent pour la pêche et les filles aux femmes de marins qui attendent leur retour.
Comme dans tous les ports, il y a à Ambernave le « Bar des pêcheurs », où se retrouvent les anciens. Les marins trop âgés pour pouvoir partir en pêche y viennent pour se raconter des histoires de matelots, pour boire et pour manger, mais aussi pour chanter des vieux airs de marin. Ensemble ils peuvent se remémorer le temps passé.
Au bout de la jetée d’Ambernave, un remarquable phare brille la nuit de tout son éclat, afin que les marins retrouvent le chemin qui les amènera auprès de leur foyer.
A Ambernave comme dans de nombreux ports, toutes les habitations sont orientées vers le débarcadère. On peut y voir de très belles et anciennes demeures d’armateurs, mais aussi des maisons plus modestes appartenant aux marins.
Les touristes y sont toujours très bien accueillis. Ils aiment se détendre sur la plage d’Ambernave ou bien aller visiter le musée de la marine, situé juste entre la plage et le port.
Après leurs bains de soleil, les vacanciers se promènent paisiblement sur le port et flânent devant les boutiques de souvenirs et de cartes postales. Il y en a pour tous les goûts, des classiques, des humoristiques ou avec une légende comme « bons baisers d’Ambernave ».
Le soir, à l’heure du dîner, tous se retrouvent sur le port, à la crêperie « Chez Mamie Joséphine ». Chacun déguste en se léchant les doigt pour ne pas en perdre une miette, la galette « Joséphine », garnie de poisson et de crème, et la célèbre crêpe « l’Ambernavienne », à la cannelle et au miel.
Quand la soirée se termine, les estivants rejoignent bien évidemment « l’Hôtel de la Plage » pour les plus aisés et, pour les moins riches, « le Camping des Flots Bleus » où l’accueil et le service sont des plus agréables.
Une fois par an pour le 15 août, c’est la fête d’Ambernave. Traditionnellement, les habitants se réunissent sur le port où une messe est donnée à la mémoire de tous les marins disparus et qui ne reviendront jamais. Pendant toute la journée c’est réjouissance, des groupes folkloriques se succèdent pour chanter et danser, et tous s’amusent autour d’un bon repas arrosé de cidre. Après un superbe feu d’artifice, tout le monde se retrouve pour danser et chanter jusqu’au bout de la nuit.
Ainsi, depuis plusieurs siècles, Ambernave vit au rythme de son port et de ses marins et est prêt à continuer pendant encore plusieurs millénaires sans que personne ne s’en étonne.
Dans le port d’Ambernave, il y a des marins, tout le monde le sait et personne n’en est surpris. Mais dans le port d’Ambernave, il n’y a pas de mouettes qui crient en attendant le retour de pêche des bateaux pour la simple raison qu’il n’y a pas non plus de bateaux.
S’il n’y a pas de bateaux à Ambernave, c’est tout simplement parce qu’il n’y en a pas besoin. Pour en avoir la confirmation, il suffit d’interroger un habitant d’Ambernave qui répondra à votre question en riant :
« Des bateaux à Ambernave, pour quoi faire ? Ici il n’y a ni mer ni rivière, alors nous n’avons aucunement besoin de bateaux, qu’en ferions-nous ? »
Effectivement, on peut chercher dans tous les endroits d’Ambernave, il n’y a pas la moindre goutte d’eau, qu’elle soit douce ou salée, rien de mouillé qui pourrait permettre de faire naviguer le plus petit bateau. Il y a bien la fontaine du village, mais cela fait longtemps qu’elle ne coule plus et puis, de toute façon, on ne construit pas un port autour d’une fontaine.
Même en cherchant dans le plus vieux des livres de géographie, jamais il n’y a eu de quoi voguer à Ambernave. Nul bras de rivière, pas de lac non plus que d’étang, et rien qui pourrait permettre de dire qu’un jour la mer se serait approchée un tant soit peu d’Ambernave.
Pourquoi alors y a t’il un port à Ambernave ? Et pourquoi des marins ? Le plus simple est encore d’interroger les Ambermarins et leur réponse est sans appel :
« Il y a un port à Ambernave parce que nous sommes tous des marins et qu’il ne peut pas y avoir de marins sans port, et comme il n’y a pas de port sans marins nous sommes tous des marins, c’est logique ! » En effet rien de plus logique que ce raisonnement qui, bien que n’expliquant pas tout, a au moins le mérite d’être clair.
Un esprit cartésien essaierait d’en savoir plus et de tout comprendre. Pour ma part, je n’ai pas cherché plus loin, mais j’ai voulu voir sur place. Je suis donc allé en vacances à Ambernave après en avoir entendu parler pour la première fois au salon du livre de Montargis.
J’y suis resté deux semaines, à vivre au rythme des marée que j’apprenais dans le journal. J’y ai passé des après-midi, allongé sur la plage à regarder devant moi. J’ai rêvé en écoutant les vieux marins raconter leurs aventures le soir lors des veillées. J’ai adoré flâner le long du port à regarder les boutiques de souvenirs. Je n’ai plus cherché à comprendre pourquoi il y a un port à Ambernave, mais il est certain que s’il n’y était pas, il manquerait…
Depuis mon retour, quand je suis seul chez moi et que mon moral est en baisse, je ferme les yeux et je retourne à Ambernave. Je me rends alors en pensée « Chez Mamie Joséphine » et je déguste ses inoubliables crêpes. Pendant longtemps en ma mémoire elle gardent le goût de la cannelle et du miel sauvage.

Texte écrit pour le concours de la nouvelle du salon du livre de Montargis 2002.
Le début et la fin étaient imposés
Résultat du concours : 2ème prix
 
 
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