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Gabrielle - Chapitre 24
La camionnette conduite par Hugo soulève un nuage de poussière dans son sillage. Gabrielle et Simon sont assis à côté de lui. Le hangar n’est plus très loin, on aperçoit la manche à air qui flotte dans la brise. Jett les y attend, il a fait le plein de carburant, puis il a sorti l’appareil. Il n’a pas souvent eu l’occasion de le piloter, étant donné que Marc Mornay est décédé peu après son acquisition en janvier 1937. La première fut lors de son convoyage de Burbank en Californie, où il est fabriqué, en Argentine, en compagnie de Marc. Il était fier de pouvoir piloter un si bel engin. Le même type d’avion qu’utilise Amélia Earhart pour réaliser ses exploits aéronautiques.
Le voyage de retour, entrecoupé d’escales en Amérique centrale, puis en Colombie dura plusieurs jours.
Une jeune femme, Elke Groshans, accompagnait Marc. Une archéologue d’origine germanique, soit disant, déléguée par la société d’archéologie de San Diego.
Elle ressemblait plus à un de ces mannequins dans les revues de mode qu’à un professeur d’histoire ancienne. Plusieurs fois, ils ont échangé des propos en allemand. Jett trouvait cela étrange, comme s’il ne devait pas savoir ce qui se disait. À chaque étape, on chargeait de nuit des caisses scellées, estampillées d’un curieux pictogramme surmonté d’un «aigle» noir.
Il n’y a pas de doutes pour Jett, ces deux là n’étaient pas que de simples relations professionnelles mais après tout ça ne le regardait pas. Monsieur Mornay l’avait copieusement rémunéré pour piloter son avion, c’est ce qui importait.

La camionnette stoppe à quelques mètres de l’appareil. Simon descend, suivi de Gabrielle, pendant qu’Hugo descend les bagages entreposés à l’arrière.
- Bonjour m’dame Mornay. Dit Jett en retirant son stetson.
- Waouh !!! S’exclame Gabrielle. Quel magnifique avion ! J’imaginais qu’il s’agissait d’un «coucou», il n’en est rien. Je constate une fois de plus que Marc faisait toujours les choses en grand !
- Oui m’dame. C’est un bel engin. Un Lockheed Electra junior. Répond le cowboy, une pointe de fierté dans la voix.
- Combien de temps va-t-il nous falloir pour nous rendre à Puerto Iguaçu ? Interroge Gabrielle.
- Ben, si tout va bien, il faudra environ quatre heures.
- Si tout va bien ? S’inquiète Gabrielle.
- J’veux dire, que si le temps est bon, que l’on a le vent par l’arrière, le voyage sera tranquille, sinon on risque d’être secoué et de mettre plus de temps. Répond Jett.
- Dans ce cas souhaitons que les éléments soient de notre côté !
Simon, qui s’est occupé de charger les bagages à bord, s’approche, accompagné d’Hugo.
- Voilà ma belle, tout est chargé. On peut y aller ! Oh, bonjour Jett !
- Bonjour m’sieur… ?
- Simon Meyer, mais pas de «monsieur» entre nous, appelez-moi Simon !
- Comme vous voulez. Répond Jett, étonné.
- Alors on y va ! Lance Gabrielle, enjouée.
- J’ai télégraphié à l’hôtel Paraná pour réserver trois chambres. Une voiture sera mise à votre disposition, elle vous attendra à l’aérodrome à votre arrivée. Dit Hugo.
- C’est parfait ! Jett, vous nous servirez de chauffeur sur place ? Demande Gabrielle.
- Oui m’dame !
- Hugo, je vous téléphonerai dès que nous serons sur le point de rentrer. Si la ligne fonctionne, sinon je télégraphierai !
- Bien señora. Répond le contremaître avant de monter dans la camionnette.
Gabrielle, Simon et Jett embarquent dans l’avion. C’est la fin de l’après-midi, le temps est clément.
Gabrielle s’installe confortablement dans un des fauteuils en cuir pendant que Simon prend celui qui ce trouve en face. Les moteurs que Jett vient de lancer, ronronnent bruyamment en faisant vibrer la carlingue métallique de l’appareil.
- Attachez vos ceintures, je vais m’engager sur la piste ! Crie Jett afin de ce faire entendre dans ce vacarme.
Gabrielle regarde par le hublot.
- Tu penses vraiment que Peío Etchegaray viendra nous rejoindre ? Interroge Simon.
- Je le crois. Répond la jeune femme, pensive.
- Tu aurais peut-être du te rendre chez lui directement ! ?
- Peut-être, mais je me dis qu’il fallait agir avec la plus grande discrétion. Ortiz est un homme influent, corrompu. Il pourrait avoir soudoyé un ou plusieurs membres du personnel de la «Cruz del Sur» afin de surveiller Peío et de le renseigner.
- Je n’avais pas envisagé cette possibilité. Admettons qu’il accepte, comment va-t-il se rendre à Puerto Iguaçu ? Ce n’est pas la porte à côté !
- Oh, ne t’inquiète pas mon grand. J’ai passé quelques appels téléphoniques ce matin. J’ai fait réserver deux billets sur le vapeur qui part dans trois jours de Santa Fe jusqu’à Ciudad del Este au Paraguay, il fait une escale à Puerto Iguaçu. Un coursier portera les billets dès demain matin. Répond Gabrielle.
- Pour qui est le second billet ? Demande Simon.
- Pour Gladys ! J’ai eu une idée qui vaut ce qu’elle vaut. Je les invite à venir passer quelques jours de détente en ma compagnie, afin qu’ils se reposent avant les préparatifs du mariage. Je sais que Gladys en rêve, alors je compte bien sur son pouvoir de persuasion pour convaincre Peío. Bien entendu, j’ai prévenu Lorenzo. J’ai pu le joindre avant qu’il intervienne auprès de son père. Il a trouvé cette idée très crédible !
- Décidément, tu me surprends de plus en plus. Tu aurais pu me mettre dans la confidence tout de même ! Dit Simon en faisant la moue.
- Voilà qui est fait ! Répond Gabrielle avec son joli sourire.
- Une vrai «Mata Hari» ! Tu lis trop de roman d’espionnage ma belle ! Répond-t-il en riant.
- Une nouvelle «vocation» ! Passe-moi une couverture et un oreiller, mon grand, je vais essayer de dormir un peu.
Simon ouvre un coffre au dessus de son fauteuil, puis sort une couverture qu’il déploie sur la jeune femme pendant qu’elle cale l’oreiller sur le dossier.
- Pendant que tu te reposes, je vais aller m’installer dans le cockpit. Je viens de me découvrir une nouvelle passion pour le pilotage. Glisse-t-il à l’oreille de Gabrielle.
- Tiens donc. Tu t’intéresses à ce genre de garçon ? Demande-t-elle avec étonnement.
- Il est plutôt séduisant ? !
- Affaire de goût. Cette pensée m’a traversé l’esprit mais je n’imaginais pas… Il est vrai qu’il a un certain charme, un peu «rugueux»…
- Sauvage, je dirai.
- Sois prudent tout de même. Je ne pense pas qu’il soit préparé à ce qu’un homme lui fasse la cour.
- Promis ma belle. Tu me connais, je suis le plus délicat, le plus discret des hommes.
- Je ne doute pas de ton talent dans l’art de la séduction, mais je te rappelle que c’est notre pilote, je ne voudrai pas finir en charpie dans un amas de métal au milieu de la pampa… Dit-elle avec sérieux.
- Que tu es médisante ! Répond-t-il, décelant l’ironie.
- Allez, va faire ton numéro de charme au ténébreux cowboy !
- Repose-toi ma douce amie… Dit-il, en déposant un baiser sur son front.
Gabrielle regarde Simon s’éloigner, puis pénétrer dans le cockpit. Il n’a pas changé, se dit-elle. Quel incorrigible séducteur ! Elle remonte la couverture sur ses épaules, quand un objet brillant coincé entre l’assise et le dossier du fauteuil en vis-à-vis, attire son attention. Elle se lève, puis le dégage. Une boucle d’oreille en or, sertie d’une émeraude et de brillants. À qui peut-elle bien appartenir, se demande-t-elle, déconcertée?

À suivre…
 
 
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