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Gabrielle - Chapitre 29
Gabrielle arpente nerveusement le salon. Elle se pose de multiples questions. Que Sybil Baker en veuille à la fortune dont elle a légitimement hérité au décès de Marc, elle le conçoit. Que cela soit motivé par la vengeance, pour avoir été abandonnée alors qu’elle était enceinte de Jett ou par cupidité. Mais cette Elke. Un agent nazi. Qu’est-ce que Marc pouvait bien faire avec cette femme ? Trafic d’œuvres d’Art ? Pillage de sites archéologiques ? Qu’elle ait pu être sa maîtresse est tout à fait probable. Il n’a jamais su résister aux charmes d’une jolie femme. Désormais, la plus grande prudence est de mise. On frappe à la porte.
- Oui ?
- C’est Simon.
- Entre !
- Comment va Jett ? S’inquiète Gabrielle.
- Pour le moment, il dort dans sa chambre. L’inspecteur a demandé à un de ses hommes de monter la garde devant la porte.
- Il va falloir se résoudre à avoir la police dans nos jambes !
- Oui. En ce moment Méndez essaie d’interroger miss Baker. Je lui souhaite bon courage ! Apparemment elle cuve ce qu’elle a ingurgité hier soir, impossible de la sortir de son état léthargique. Elle ne tient même pas assise dans son lit. Dit Simon, moqueur.
- Elke est présente ?
- Non. Elle est introuvable. Il y a un certain Stanislas.
- Il s’agit de son chauffeur.
- Il va avoir fort à faire pour la mettre sur pieds !
- Oui. Ces événements nous auront au moins evite un déjeuner dont je n’avais nulle envie !
- Moi de même ! Je vais appeler la réception pour qu’il nous fasse monter un plateau, nous grignoterons ici.
- Si tu le souhaites mais je t’avoue que je n’ai pas très faim.
- Manger un peu te fera le plus grand bien ma belle !
- Si tu le dis. J’ai hâte que Lorenzo arrive… Soupire-t-elle.
- Dans moins de deux jours il sera là. Dit Simon en la prenant dans ses bras.
- Je le sais mais il me manque… Répond-t-elle en se blottissant contre son épaule.
- Allez ! Buvons un verre de Sauternes. J’en ai mis une bouteille au frais hier dans ma chambre, je vais la chercher.
- Tu me prends par les sentiments, je me laisse tenter…
- Je reviens de suite !
- Pendant ce temps je vais me repoudrer le nez. J’ai une mine affreuse ! Dit-elle en se voyant dans l’immense miroir.
- Tu es ravissante en toutes situations, pomponnée ou pas ! Dit Simon en souriant affectueusement.
- File ! Vil flatteur. Répond-t-elle en lui lançant un coussin.

Elke s’assoit dans le lit. Elle prend deux cigarettes, dans un étui en argent, qu’elle allume en même temps, puis elle en tend une à Marc.
- Le docteur Minger a fait du beau travail sur ton visage. Tu es méconnaissable. Dit-elle.
- N’est-ce pas ! C’est un excellent chirurgien. Les soldats défigurés de la Grande Guerre lui ont permis d’évoluer dans la reconstruction des visages. Répond Marc en s’asseyant à son tour.
- C’est un grand serviteur du Reich. Répond Elke avec fierté.
- En effet. Je l’ai récompensé en conséquence.
- C’est tout à ton honneur mon cher Marc.
- Ne m’appelle plus Marc. Désormais je suis Frantz Henssler. Honorable homme d’affaire helvétique.
- Pardonnes-moi, mein liebe. Il faut que je m’y habitue…
- Il ne faut commettre aucune erreur, sinon tout ce que j’ai fait n’aura servi à rien !
- Ce nouveau visage ainsi que cette nouvelle identité vont nous permettre d’agir à notre guise, en toute discrétion. Surtout qu’il va falloir abandonner le plan Baker. Cette dinde n’est bonne à rien, comme son fils d’ailleurs ! Dit-elle, sardonique.
- Elle s’imagine m’avoir envoyé rejoindre l’enfer ! Il faut avouer que la mise en scène était exceptionnelle. Le cadavre de ce pauvre type était si calciné que la police n’y a vu que du feu !
- Tu peux me remercier, mein liebe !
- Dire que je suis le père de Jett, c’est absolument incroyable qu’il me ressemble si peu ! rétorque Marc.
- Quand je pense qu’il fricote avec Simon Meyer, ça me répugne !
- Cela m’étonne à peine d’une type comme Meyer, je ne l’ai jamais apprécié. En ce qui concerne Jett, je ne vois pas quel plaisir ou quel intérêt il y trouve. C’est abject, tu as raison. Répond Marc, convaincu.
- Nous nous occuperons d’eux en temps voulu. Pour le moment, ce qui importe c’est ta femme. Il faut absolument récupérer ces tableaux qu’elle a amenés à la «Casa verde», avant qu’elle ne découvre qu’ils dissimulent des documents confidentiels de la plus grande importance pour le Reich. Quelle idiote ! Si elle les avait laissés à Paris, elle coulerait des jours heureux aujourd’hui !
- Je m’occupe de Gabrielle. J’ai ma petite idée afin de récupérer les tableaux.
- On peut savoir laquelle ?
- Je vais me faire passer pour un ami de Marc, grand amateur d’art. Je suis persuadé de la convaincre de me les céder, en lui faisant croire qu’ils seront vendus aux profits des malheureux enfants juifs réfugiés dans les orphelinats suisses. Je sais qu’elle ne résistera pas à l’idée de soulager leur souffrance. Gabrielle est une sentimentale, c’est son point faible, alors il faut jouer sur la corde sensible !
- Tu es aussi machiavélique que je peux l’être !
- Au fait, tu t’es débarrassée du pistolet ?
- Oui. nous allons être débarrassés de la vieille par la même occasion. J’ai demandé à Stan de le dissimuler dans sa chambre.
- Tu as toujours confiance en lui ?
- Il me lèche les bottes ce nigaud. Je fais de lui ce que bon me semble.
- Tu es une garce, Elke…
- La fin justifie les moyens… Répond-t-elle, sensuellement provocante.
Elle se redresse, puis en un mouvement de reins, chevauche le corps de Marc, étendu sur le dos. Des cris dans le couloir, attirent leur attention.

- Lâchez-moi bande de malotrus !!!!! Hurle Sybil Baker que deux policiers tentent, tant bien que mal, de contenir
- Madame, soyez coopérative et tout se passera bien ! Dit L’inspecteur Méndez, agacé.
- Je vous dis que je n’ai jamais vu cette arme avant aujourd’huiiiiiiiiii !!!!!!! Hurle-t-elle de plus belle en se débattant.
- Madame, je vous en prie. Calmez-vous ! Répond Méndez, énervé cette fois.
- Me calmer, me calmer ? Vous m’accusez d’avoir voulu tuer mon enfant et vous voudriez que je sois calme ? Esther, Esther ?? Bon dieu mais elle est où ??
Gabrielle et Simon, alertés par les cries sortent dans le couloir. D’ailleurs, tous les clients de l’étage ainsi que le personnel font de même.
- Oh, Gabrielle je vous en prie. Aidez-moi !!!! Lance-t-elle en l’apercevant.
- Que se passe-t-il ? Demande-t-elle, inquiète.
- Il m’emmène en prison ! Il m’accuse d’avoir voulu tuer mon fils !!!! Lance-t-elle, hystérique.
- C’est vrai inspecteur ?
- Nous avons trouvé une arme correspondant au calibre des balles retrouvées près de la calèche, dans la chambre de madame Baker. Nous l’emmenons au poste de police pour l’interroger. Répond-t-il en s’essuyant le front avec un mouchoir.
- Vous pensez qu’elle… ? Demande Gabrielle, interloquée.
- Je ne pense rien pour le moment, je constate.
- Gabrielle. Trouvez Esther, il faut prévenir le consulat américain ! Dit Sybil, surexcitée.
- Je m’en occupe, Sybil… Ne soyez pas inquiète ! Rassure Gabrielle.
- Merci ma belle, mais ca ne va pas se passer comme ça, je vous averti flics de mes deux ! Je suis Sybil Baker, la grande Sybil Baker ! Maugrée-t-elle en s’agitant dans tous les sens.
- Allez ! Emmenez-là. Lance Méndez paniqué, aux policiers venus aider leurs collègues.
Elke passe discrètement la tête par la porte de la suite.
- Bon débarras ! Murmure-t-elle cyniquement.

À suivre…
 
 
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