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La Volière
J'ai connu le bonheur, mais c'est pas ce qui m'a rendu le plus heureux, la preuve, il est 2h du mat et comme souvent je me surprends à faire le bilan de ma vie, dehors le vent souffle et une odeur d'herbe humide et de poussière salée traversent les persiennes à peine fermées et le roucoulement des tourterelles sauvages me ramène à mon passé. C'est étrange comment la perception d'une odeur ou d'un son vous ramène à des souvenirs, à des moments de votre existence et cet instant là je m'en rappelle comme si c'était hier, à vrai dire je me rappelle de tout dans les moindres détails comme une blessure qui s'ouvre sans être apparente. Cet après-midi là, ma fille âgée de 7 ans avait trouvé avec sa maman une colombe chez son grand père, cet homme vivait seul dans sa ferme, il s'occupait de ses animaux, de son jardin et de temps à autre partait faire une belote chez ses copains au village d'en bas. Quand ma fille me montra le volatile je lui dis qu'il serait beaucoup mieux en liberté mais elle me répondit "Mais toi papa tu saurais lui faire une grande cage, tu bricoles bien une grande maison pour Maman et moi !" Fais moi une maison Papa pour ma colombe" à cet instant j'ai pensé que si elle m'avait demandé "Dessine-moi un mouton" cela aurait été plus facile mais je l'aimais plus que tout et refuser était au-dessus de mes forces. Je commença par lui faire un dessin de la cage et lorsque nous étions au souper je lui promis que demain au réveil la volière sera faite, je voyais dans ses yeux bleus fripons qu'elle avait gagné son pari, car sa maman avait dû lui dire que papa n'aurait sans doute pas le temps de faire la cage avec tous les travaux qu'il doit finir à la maison. Ce soir là, je m'en souviens, à l'époque je restaurais une veille fermette près du Mans et j'avais construit un chalet qui servait d'atelier mais comme il y avait un grand désordre à l'intérieur je décidais de construire mon édifice pour bêtes à plumes dehors. A la lueur d'un projecteur, je me hâtais à la besogne tant bien que mal pour ne pas y passer la nuit et en faisant attention de ne pas faire de bruit comme on dit "sans marteau ni enclume" mais d'un seul coup, le vent se leva, faisant planer mes lattes de bois, tournicoter mon grillage, clignoter mon éclairage ou seule mon ombre me guidait pour repérer mes outils éparpillés dans la nuit, puis la pluie fit à son tour son apparition ! peut-être voulait elle me punir de ne pas aller assez vite ? Cette nuit je m'en souviendrais ! Au petit matin la cage était faite, elle était majestueuse dressée de ses deux mètres cinquante sous le laurier près de la terrasse, j'étais fier de moi, trempé, fatigué mais tellement heureux à l'idée de de lui faire la surprise, c'était du bonheur de voir son sourire et ses petits bras se refermer sur moi, mon cœur battait pour elle ! La cage est restée des années sous le Laurier mais la colombe s'est envolée, ma fille a grandi et s'est envolée aussi et mon cœur a vieilli ! Mais je n'ai jamais oublié l'odeur de l'herbe mouillée et lorsque le vent se met à souffler et quand les souvenirs s'acharnent à me faire craquer pour ne pas voir mes larmes couler je sors le soir sous la pluie.

A ma fille...
 
 
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