Main dans la main, jusqu'à la plage,
Ils ont couru à perdre haleine;
Les amoureux sont seuls au monde,
Baisers salés et douce étreinte !
Haute est la mer, puissant son râle,
Quand elle vomit sa blanche écume;
Des pluviers fuient dans un ciel lourd,
Et leur vol parfait les captive.
Tranquilles, sereins, ils fredonnent
Un air de valse pour se bercer;
Complice, la mer leur fredonne
Une complainte des vieux matelots.
La brise obstinée les caresse,
La jeune promise tressaille d'aise,
Avant de replonger dans l'enfance
Des blouses grises du pensionnat.
Ah ! les dimanches en retenue,
Et la bonne confiture de rhubarbe !
Loin est le temps de l'insouciance,
Et à quoi bon trop de nostalgie !
La mer très bleue à perte de vue
La distrait de ses rêves puérils;
Elle n'est plus une enfant gâtée,
Mais une femme amoureuse passionnée !
A moitié nue, nymphe désirable,
Elle offre son corps au chaud soleil,
Et aux mains vives et impatientes
De l'homme qu'elle aime et s'est choisi. |